CERDE - Centre d’Etudes et de Recherches sur le Droit de l’Environnement


L’encyclique écologique « Laudato Si’ »


EnvironnementPublié le 2020-04-02 11:06:16


L’encyclique écologique « Laudato Si’ » : Le Saint-Père François milite pour la sauvegarde la maison commune

http://w2.vatican.va/content/dam/francesco/pdf/encyclicals/documents/papa-francesco_20150524_enciclica-laudato-si_fr.pdf

Le 23 mai 2015, le Saint Père F

rançois publie son encyclique sur la sauvegarde de la maison commune. L’encyclique est le document de plus grande valeur que puisse produire un souverain pontife. Le « Laudato Si’ » est la première encyclique consacrée à l’environnement.

Passionné des questions environnementales et tirant son inspiration des écrits de Saint François d’Assise, le Pape François consacre une réflexion éthique et critique sur les enjeux actuels de l’environnement. Il alerte sur les risques liés à la dégradation de l’environnement mondial et prend position sur les actions possibles pour espérer sauvegarder la maison commune.

Le Saint-Siège est engagé pour l’environnement. Après le colloque du Vatican consacré au climat précédé par une entrevue entre le Pape François et le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon, le Saint-Père vient par son encyclique confirmer les exigences qui doivent présider à la préservation de l’environnement. Cette encyclique n’a qu’une valeur morale d’un point de vue de droit international mais cette prise de parole claire vient apporter de l’eau au moulin de l’ensemble des acteurs internationaux et nationaux qui militent pour un changement radical en matière de politique internationale sur le climat notamment. Elle marque aussi l’établissement de passerelles qui permettent aux autorités religieuses de s’impliquer sur les sujets de politiques internationales et de rompre tout fossé au nom de la dimension globale des risques que font courir les pratiques humaines néfastes et rétrogrades sur le bien-être de l’écologie mondiale (Paragraphe 62 et ss). Cette encyclique rédigée en six (6) chapitres, d’une inégale importance, se résume en deux (2) idées majeures.

I – Une maison commune en détresse

Le pape dresse un bilan catastrophique de l’état de la maison commune, et probablement catastrophiste à terme si rien n’est entrepris à temps selon la pensée de Hans Jonas.  

Les éléments vitaux de l’espace terrestre sont en continuelle dégradation. Suivant le dernier rapport du GIEC, il est établi avec certitude que le monde vit un niveau de pollution inédit dont les effets conduisent à détériorer la qualité du climat et transformer les cités en vastes champs de déchets à ciel ouvert. Cette situation est accentuée par une culture de gaspillage des ressources en eau, créant à certains endroits du globe, faute d’un accès acceptable à l’eau potable, un déni du droit fondamental à la vie.  Le Saint-Père note aussi la perte de la biodiversité terrestre et aquatique et où les mers donnent l’impression « (…) de cimetières sous-marins dépourvus de vie et de couleurs » (Paragraphe 41).

Les détresses des ressources naturelles se conjuguent avec une détérioration de la qualité de la vie humaine et une dégradation sociale. Révélant le visage monstrueux du capitalisme moderne, le Pape montre comment nos villes sont devenues des espaces de catégorisation des hommes et où les moyens de communication modernes ont contribué à déshumaniser les sociétés et à empêcher  « (…) d’entrer en contact direct avec la détresse, l’inquiétude, la joie de l’autre et avec la complexité de son expérience personnelle » (Paragraphe 47). Une pareille situation conduit à une inégalité planétaire et fait subir le lourd tribut, des conséquences mortifères, sur les plus pauvres incapables de faire l’objet d’une réaction internationale immédiate et radicale de la part des Etats face aux agressions environnementales (Paragraphe 48 et ss).

 

Les causes de la dégradation de l’environnement, y compris la qualité la vie humaine, s’expliquent par la foi aveugle en la technoscience dont les pouvoirs non-maitrisés ont fini par devenir nuisibles (Paragraphe 101 et ss). Est aussi dommageable, la généralisation du paradigme de la technoscience conduisant à une forme d’homogénéisation des styles de vie dont le fil conducteur est caractérisé par la tendance à la domination extrême où la faculté décisionnelle et la liberté sont simplement réduites.

 

Le pouvoir de la technoscience oriente aussi les lois de marchés de l’économie et malmènent la politique en affectant l’observation globale en « 3D » de la nature des problèmes auxquels est confrontée la planète. Conduisant à un anthropocentrisme dévié, la technoscience conduit à déformer la compréhension de la crise de l’environnement ou de l’écologie comme « (…) une manifestation exté­rieure de la crise éthique, culturelle et spirituelle de la modernité (…) » (Paragraphe 119). La crise de l’écologie est moderne dont les chaînons sont complexes méritent la prise en compte d’une écologie intégrale suivie d’actions politiques courageuses et désintéressées.  

 

II – Traitement pour sauver la maison commune

 

Le traitement de la détresse de notre maison commune passe par une reconfiguration de la dimension des défis de l’écologie. L’écologie étudie les interactions entre l’environnement et les organismes où ceux-ci se développent. L’environnement renvoie à la relation entre l’homme et la nature. Il existe un lien de dépendance du type circulaire entre l’homme et la nature.

 

En conséquence, la réflexion sur les orientations pour sauver notre maison commune doit être fondée sur une vision intégrale de l’écologie. L’écologie intégrale renvoie à traiter dans un seul ensemble les questions environnementales, économiques, sociales et culturelles.

 

L’écologie environnementale renvoie à la relation entre l’homme et la nature. Ainsi, la pollution d’un environnement exige « une analyse du fonctionnement de la société, de son économie, de son comportement, de ses manières de comprendre la réalité » (Paragraphe 139). Particulièrement, l’écologie culturelle s’interroge sur « la vision consumériste de l’être humain, encouragée par les engrenages de l’économie glo­balisée actuelle, tend à homogénéiser les cultures et à affaiblir l’immense variété culturelle, qui est un trésor de l’humanité. C’est pourquoi pré­tendre résoudre toutes les difficultés à travers des réglementations uniformes ou des interventions techniques, conduit à négliger la complexité des problématiques locales qui requièrent l’interven­tion active des citoyens » (paragraphe 144). Cette vision intégrale de l’écologie doit être fondée sur le principe du bien commun dont l’objectif est de satisfaire l’ensemble des conditions sociales contribuant au bien-être du groupe qu’à l’ensemble des membres.

 

Le bien commun passe par l’érection d’actions issue d’un dialogue des politiques environnementales internationales, nationales et locales, fondée sur le principe de transparence et ayant pour finalité une dualité politique/économique au service du bien-être commun (Paragraphe 189 et ss).

 

Par ailleurs, Le Saint-Père critique véhément les foras internationaux et les accords multilatéraux environnementaux qui restent limités dans leurs portées et quant aux changements à opérer sur le quotidien des populations (voir à cet effet, spécialement les paragraphes 167, 169, 171, 173 et 174). Il ne manque pas aussi de s’attaquer aux politiques nationales « myopes » portant sur l’environnement répondant à un objectif opportuniste, électoraliste ne s’inscrivant pas dans un agenda large de réformes profondes (Paragraphe 178).

 

La réorientation de l’écologie doit passer par un processus de régénération dont le moteur se trouve dans une éducation qui vise à faire « en sorte que notre époque soit reconnue dans l’histoire comme celle de l’éveil d’une nouvelle forme d’hommage à la vie, d’une ferme résolution d’atteindre la durabilité, de l’accélération de la lutte pour la justice et la paix et de l’heureuse célébration de la vie » (Paragraphe 207). Et d’autre part, d’impulser une éducation environnementale « (n)’ayant (pas) pour vocation de créer une « citoyenneté écologique » (qui) se limite parfois à informer, et ne réussit pas à développer des habitudes. L’existence de lois et de normes n’est pas suffisante à long terme pour limiter les mauvais comportements, même si un contrôle effectif existe. Pour que la norme juri­dique produise des effets importants et durables, il est nécessaire que la plupart des membres de la société l’aient acceptée grâce à des motivations appropriées, et réagissent à partir d’un changement personnel. C’est seulement en cultivant de solides vertus que le don de soi dans un engagement éco­logique est possible » (Paragraphe 211).

Dr. Yda Alexis NAGALO

NB. Note initialement publiée en juin 2015 (Revue Sentinelle Droit International).  



Commentaires

  • person Franck

    Bravo monsieur pour ce bel article qui vient nous rappeler la nécessité de la protection de l'environnement

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